A Bouletland il y a un peu de tout : des bouletteries, les artistes japonais que j'aime, des fanfics, de la musique (le plus souvent asiatique), un petit peu de drama et de manga...
Chapitre 11
Après un dîner rapide, Jun se saisit une nouvelle fois de son portable pour appeler sa meilleure amie. Elles s'étaient parlé la veille au matin mais elle avait l'impression que ça faisait des semaines. C'est fou ce que deux journées pouvaient sembler longues !
- Allô ? répondit Sara presque aussitôt.
- Salut. C'est Jun.
- Je sais que c'est toi baka !
- C'était une simple entrée en matière mais on dirait que tu ne veux pas me faciliter la tâche !
- On le dirait bien, rigola Sara heureuse que son amie l'appelle.
- En vérité j'ai plein de choses à te dire et...
- Tu t'es enfin décidée à me dire ce qui te ronge depuis trois ans ? demanda Sara dubitative.
- Et bien, je sais qu'il faut que je sois honnête avec toi et en plus, la situation devient totalement ingérable alors je préfère que tu apprennes ça par moi.
- Tu m'intrigues encore plus ! Qu'est-ce qui est ingérable ? reprit-elle cette fois-ci curieuse.
- Je préférerais qu'on en parle tranquillement et pas au téléphone mais pas ce soir, je suis vraiment morte et j'ai pas assez dormi la nuit dernière.
- Pourquoi qu'est-ce que tu as fait ?
- On en parlera demain si tu es libre.
- Je suis libre comme l'air et je te préviens que tu n'as pas intérêt à te défiler.
- Je sais, souffla Jun résolue.
- Je viendrais après le boulot avec une bonne bouteille de vin.
- Très bien. Bon je vais me coucher parce que je tiens plus. Bonne nuit.
- A toi aussi.
Jun raccrocha et partit se brosser les dents avant de se glisser sous son drap. Elle ne mit pas longtemps à sombrer. Quand son réveil sonna à 7 heures, elle avait cependant l'impression de ne pas avoir dormi. Toute la nuit elle avait rêvé de trois hommes, elle en fuyait un pour se réfugier dans les bras d'un autre tout en flirtant avec un troisième... Elle se prépara tant bien que mal et alla travailler. Sa journée fut ordinaire lui faisant presque oublier les trois derniers jours mais quand elle reçut le mail de Sara lui rappelant leur soirée déballage au moment de rentrer chez elle, vers 18 heures, elle dut se rendre à l'évidence que son cauchemar de la nuit dernière reflétait sa vie. Elle fit quelques courses au conbini au coin de sa rue pour le dîner et rentra pour en préparer le plus possible avant que Sara n'arrive. Peu après 20 heures la sonnette retentit et Jun partit ouvrir à sa meilleure amie qui semblait frétiller sur place.
- Ne sois pas si excitée s'il te plaît, ça ne m'encourage absolument pas, souffla Jun blasée.
- La mystérieuse Jun se livre à sa meilleure amie ! chantonna Sara. C'est un jour à marquer dans les annales !
- N'exagère pas non plus !
- Très bien, je ne dis plus rien, je t'écoute.
- Tu ne veux pas manger d'abord ? tenta Jun pour repousser l'échéance
- Tu sais que je ne te laisserai pas te défiler, dit Sara suspicieuse.
- Je sais. Mais je te propose qu'on mange d'abord et après on s'installe tranquillement avec un thé et on discutera.
- Très bien, ce programme me convient.
Les deux jeunes femmes dînèrent en pensant au grand déballage qui allait venir après mais tachèrent de ne pas le montrer, préférant discuter de tout et de rien et s'attardant sur les malheurs d'Erika avec sa belle-famille.
- Je n'y comprends rien à cette famille ! s'exclama Jun.
- Tu n'es pas la seule, rigola Sara. Erika a dû m'expliquer au moins trois fois qui était l'enfant de qui et qui était marié avec qui. Maintenant je pense que je gère mais bon... tout semble possible avec eux !
- Je me plains de ma mère mais pour cette pauvre fille... Hell ? ... ça semble encore plus difficile !
- Je pense que c'est pour ça qu'elle semble très souvent au bord de la crise de nerf !
- Ca ne m'étonne absolument pas ! Quand j'étais petite j'étais triste d'être fille unique et je commandais souvent au Père Noël un petit frère ou une petite soeur, mais quand j'entends ça, je suis contente d'être la seule !
- Oui enfin eux, c'est une situation extrême. J'ai une grande soeur et une petit frère et on ne risque pas de se retrouver dans leur situation, ajouta Sara.
- J'espère pour vous... enfin Erika rentre dans cette famille quand même.
Les deux amies se regardèrent un instant avant d'éclater de rire. Le dessert et le thé étaient servis et elles venaient tout juste de s'installer dans le canapé.
- Bon... Je ne veux pas te paraître impatiente mais qu'as-tu à me dire ? demanda Sara avide.
- Je suppose que je ne peux plus reculer... Je voudrais que tu me promettes que quoique je te dise, tu ne t'énerveras pas et tu me laisseras continuer jusqu'à la fin.
- Pourquoi veux-tu que je m'énerve ? demanda Sara. Je suis ton amie et certainement pas là pour te juger. Je veux juste t'aider et aussi te comprendre, ce qui est de plus en plus difficile depuis quelques mois.
- Les réactions des gens sont imprévisibles... Et ce n'est pas avec ce qui m'est arrivé ces quatre derniers jours qu'on pourra me contredire, chuchota Jun pour elle-même.
- Hein ?
- Rien, je me parlais à moi-même. Je veux que tu saches que si je n'ai rien dit c'est parce que j'avais des raisons, bonnes ou mauvaises, je ne peux pas vraiment le dire, mais je les avais. Bon... Alors il faudrait que je commence par le début.
- C'est généralement ce qu'on fait, s'amusa Sara.
- Alors si tu te souviens bien, c'est en 2005 que ça a commencé... Quand j'ai commencé à travailler sur le tournage de Hana Yori Dango.
Jun marqua une pause pour laisser à son amie le temps d'assimiler cette première nouvelle.
- Tu as quoi ! s'exclama Sara.
- J'ai travaillé sur Hana Yori Dango. Pour être plus exacte c'est la Maison pour laquelle je travaille qui a été choisie et avec mon patron et l'équipe on a créé les bijoux du drama.
- Mais alors...
- Oui j'ai rencontré Matsumoto à ce moment-là.
- T'as dû être complètement hystérique ! s'amusa Sara.
- J'étais tétanisée ! Tu imagines voir ton fantasme absolu en face de toi en chair et en os ! Enfin, plus près que pendant les concerts.
- Vu la tête que tu tirais samedi, ça n'a pas dû être si génial que ça.
- En fait...
FLASHBACK
Jun arriva à son travail un matin de septembre bien plus tôt que nécessaire suite à une énième dispute avec sa mère. Pour toute réponse à « redescends sur terre, marie-toi, fais des enfants et deviens femme au foyer », elle avait claqué la porte et ne sachant trop où aller et s'était retrouvée à dessiner un pendentif en forme de goutte de pluie à sa table de travail. Son patron, Kozue-sensei arriva une vingtaine de minutes plus tard contrarié et maugréant dans une barbe qu'il n'avait pas.
-Mais c'est pas vrai ! On ne peut jamais leur faire confiance ! Et maintenant je fais comment moi ? Obligé de faire tout tout seul ! Raaaaahhhhhh !!!!!!
Au bout de quelques minutes il s'aperçut qu'il n'était pas seul.
- Jun ! Tu es déjà arrivée. Bien, prends tes affaires je t'emmène avec moi.
- Où ça ? demanda Jun surprise
- A la présentation bien sûr !
- Présentation ? réfléchit Jun tout haut.
- Hana Yori Dango bien sûr ! Nous allons sur le tournage porter les bijoux ! s'indigna Kozue-sensei.
- Je... je... je croyais que... que c'était Minami qui devait y aller avec vous, bégaya Jun.
- Madame semble être hospitalisée à cause de l'appendicite ! Elle n'aurait pas pu attendre demain pour avoir une crise ! Non ! Dépêche-toi ! Je ne veux pas arriver en retard ! s'excita le patron de Jun.
Jun continuait de regarder Kozue-sensei la bouche ouverte. Quand elle avait appris que son patron avait décroché le contrat pour le drama de Matsujun, elle avait fait une crise de fangirl hystérique chez elle en sautant partout et chantant ses solos. Elle tenait un espoir de l'approcher mais très vite son rêve fut brisé quand Kozue-sensei annonça qu'il ne prendrait qu'un seul membre de son équipe pour l'accompagner sur le tournage et qu'il excluait les jeunes femmes, susceptibles d'être des fangirls en puissance. Ainsi sur six, elle furent deux à êtres éliminées d'office, les quatre autres jouant cette place au mérite. Le choix de Kozue-sensei s'était porté sur Minami, sa plus ancienne collaboratrice, ce qui ne surprit personne.
Et maintenant, grâce à une appendicite miracle – elle était désolée pour Minami mais au final ça l'arrangeait bien quand même – et à son exaspérante mère, elle allait rencontrer Matsujun... A cette idée, elle eut un étourdissement mais fut ramenée rapidement à la réalité par son patron qui lui intimait l'ordre de prendre les valises où se trouvaient les bijoux et le matériel. Elle se ressaisit et après avoir pris tout le nécessaire, rejoignit son patron dans sa voiture. Pendant le trajet, il lui donna des conseils sur ce qu'elle devrait faire, comment se comporter pour ne pas lui faire honte et autres petits détails qui n'intéressaient pas vraiment la jeune femme sauf quand la conversation déviait sur son idole.
- Il faudra faire essayer ses chaînes et bagues à Matsumoto-san. C'est surtout pour voir si les chaînes vont bien avec ses tenues, enfin comme on les a dessinées pour, ça ne devrait pas poser de problèmes. Et pour les bagues, c'est juste vérifier qu'elles soient bien à sa taille. Pour Inoue-san, il faudra porter un soin particulier sur la parure qu'elle portera.
Jun sourit, elle avait aidé à créer cette parure et était vraiment ravie du résultat. Elle avait hâte de la voir portée par Inoue Mao.
- Une dernière chose concernant Matsumoto-san, il n'apprécie pas d'être touché outre-mesure alors retiens-toi, dit Kozue-san avec un sourire.
- Je sais, répondit Jun, sachant qu'il était inutile de cacher son admiration pour Matsujun, qui de toute façon devait se lire sur son visage.
Ils arrivèrent peu de temps après dans les studios et avant de descendre de voiture, Jun prit une grande inspiration. Elle suivit son patron, salua les membres du staff qu'elle croisait puis se retrouva dans le dressing-room. Les essayages de bijoux s'enchaînèrent : les actrices interprétant les camarades de classe de Tsukushi, Sakurako, Shizuka et les membres du F4. Quand Oguri Shun entra dans la pièce, Jun redoubla d'efforts pour se concentrer mais elle ne pouvait s'empêcher de sourire. Puis vint le tour de Inoue Mao. Elle était timide et semblait avoir une personnalité très douce et tandis que Kozue-sensei lui faisait la conversation, Jun était chargée de sortir la parure spécialement conçue pour elle. Les essayages se déroulèrent parfaitement et ils discutèrent tous les trois tranquillement. Finalement, Matsujun entra pour le dernier essayage bijoux de la journée. Jun était encore occupée à remettre la parure de Inoue Mao dans la valise quand le portable du joailler sonna.
- Jun, je te fais confiance, il faut impérativement que je réponde.
- Très bien Kozue-sensei, répondit la jeune femme intimidée.
Il sortit alors du dressing-room laissant Jun en face de son idole. Elle le dévisagea un instant, leurs regards restèrent ancrés l'un à l'autre et elle sut qu'elle s'était faite grillée... Mais au moins elle avait vu son fantasme, il se tenait à moins d'un mètre d'elle et si elle l'avait trouvé beaucoup plus beau en vrai lors des concerts, le voir d'aussi près risquait de lui faire décrocher sa mâchoire. Cependant elle dut se reprendre et elle alla chercher les valises dans lesquelles étaient rangées les chaînes et les bagues.
- Je m'appelle Jun aussi, dit Matsujun pour détendre l'ambiance
Jun le regarda comme si elle était face à un demeuré puis éclata de rire.
- Je veux dire, au début j'ai cru que Kozue-san m'avait parlé alors ça m'a fait drôle que vous répondiez à ma place, reprit Jun légèrement vexé.
- Désolée. Mais je ne pensais pas que vous vous sentiriez obligé de me donner votre prénom, dit Jun en reprenant son souffle. Bon, alors voici les chaînes que vous devrez porter. Il faut vérifier la longueur et l'accord avec vos tenues. Mais je pense que ça dépend de votre styliste qui ne semble pas être dans les parages. Donc, passons tout de suite aux bagues. Il va falloir toutes les essayer, pour voir si elles sont à votre taille.
Sur les bagues essayées, seulement trois n'étaient pas à la bonne taille. Jun reprit des mesures et pour cela toucha la main de son idole puis fit les infimes retouches à faire. Pendant tout le temps qu'ils avaient passés en tête-à-tête, ils ne cessèrent de papoter sur tout et rien, l'ouverture sur leur prénom ayant bien brisé la glace.
- J'ai vu la photo de Inoue-san avec la parure qu'elle portera dans le premier épisode. Elle est vraiment magnifique, dit Matsujun émerveillé.
- Merci beaucoup. On a mis pas mal de temps à la concevoir. Kozue-sensei est très exigeant. Mais tout le monde semble satisfait du résultat, je dois bien l'avouer, moi y compris et Inoue-san la porte vraiment très bien.
- Tu l'as créée ?
- En partie seulement, on était trois sur cette parure.
- Et tu as créé d'autres bijoux du drama ? demanda-t-il curieux.
- Oui.
- Lesquels ?
- Certains colliers et bracelets portés par les autres actrices.
- C'est tout ? Tu n'as rien créé pour moi ? demanda Matsujun avec une petite moue en fixant la dizaine de bagues exposées devant lui.
- Euh... Si... Une... dit-elle tandis que ses joues s'empourpraient.
- Il faut que je devine ?
N'attendant pas vraiment de réponse, il désigna l'une des bagues en pointant son index dessus. Jun tourna la tête brièvement pour regarder et aussitôt retourna à son travail, gênée.
- C'est ma préférée. Alors ? J'ai raison ?
- Oui, murmura Jun.
Matsujun détourna la tête en souriant. Jun était à la porte du Paradis quand Kozue-sensei entra.
- Où en êtes-vous ? demanda-t-il.
- Je viens de finir les retouches des bagues, répondit Jun. Pour les chaînes, je suppose qu'il faut attendre la styliste.
- Justement je viens de l'avoir en ligne. Elle ne peut pas se libérer maintenant, elle a une urgence mais elle pourra faire les essayages dans deux jours à 8h30. Moi je suis pris, donc tu t'en occuperas Jun.
A cette annonce, le visage de la jeune femme s'illumina. Elle le reverrait dans deux jours. Elle le regarda subrepticement et apparemment cette nouvelle n'avait pas l'air de lui déplaire vu le sourire qu'il affichait. Ca y était, Jun venait de franchir les portes du Paradis.
Pendant les essayages, la complicité née entre Jun et Matsujun s'exprima par des regards et des sourires discrets que la styliste ne remarqua pas. A la fin de la séance, alors que Jun s'apprêtait à partir, Matsujun lui proposa de déjeuner avec lui. Ils se retrouvèrent dans un coin isolé et peu fréquenté des studios.
- Tu dois retourner être à ton bureau à quelle heure ? demanda Matsujun.
- En début d'après-midi. En ce moment c'est assez calme, enfin seulement parce qu'on vient de tout achever pour Hanadan, mais je suppose que nous serons à nouveau torturés dès demain.
- Je le répète mais les bijoux que vous avez créés sont magnifiques.
- Merci, dit Jun avec un sourire radieux.
- Pourquoi tu as choisi de devenir dessinatrice de bijoux ? questionna Matsujun curieux.
- J'ai toujours été fasciné par les bijoux. Ils donnent un éclat supplémentaire à la personne qui les porte et je voulais être capable de le produire moi-même. J'ai commencé par des bijoux fantaisies quand j'étais en primaire et j'ai continué, jusqu'à orienté mes études vers la joaillerie.
- Et ce collier, c'est toi qui l'a créé ? demanda-t-il en désignant celui qu'elle avait autour du cou.
- Oui. Ca fait pas mal de temps que je l'ai maintenant.
- Tu accepterais de me montrer tes autres créations ?
- Si tu veux.
L'acteur sourit et sortit son portable de sa poche. Jun fit de même et ils échangèrent leurs numéros.
- Je t'appellerai dès que j'ai du temps libre.
- Ok. Et toi alors, pourquoi tu as voulu rentrer chez les Johnny's ?
- Je pensais que tu le savais déjà, répondit Matsujun avec un sourire malicieux.
- Je sais que je n'ai pas vraiment été discrète. Tu comprends, il fallait que j'accuse le choc de te voir en chair et en os, bouger et même parler à moins d'un mètre de moi. Mais vois-tu ce n'est pas parce que j'ai lu deux ou trois choses sur toi dans les magazines que ça doit m'empêcher d'avoir une conversation civilisée.
- Pour la discrétion, c'est vrai qu'on repassera, rigola-t-il. Tu es fan d'Arashi ou seulement de moi ? insista-t-il.
- Est-ce que j'ai un jour une chance d'échapper à cette conversation ?
- Aucune.
- Et bien j'avoue que si je me suis intéressée à Arashi, c'est avant tout parce que c'est ton groupe, souffla Jun résolue.
- Alors tu aimes le groupe seulement parce que j'y suis ?
- Non. J'aime le groupe pour ce qu'il est et que c'est vous cinq, mais tu as été un facteur déclenchant.
- C'est très flatteur ! s'exclama Matsujun avec un sourire de tombeur.
- Poseur ! dit Jun en rigolant.
FIN DU FLASHBACK
Tandis que Sara la fixait les yeux écarquillés et la bouche ouverte, Jun attendait que celle-ci ait une réaction. Au bout de quelques minutes elle secoua la tête comme pour reprendre ses esprits et retrouva l'usage de la parole.
- Mais c'est ENORME ! s'exclama Sara.
- Je sais, reprit Jun calmement. J'ai lutté avec moi-même pour ne pas te téléphoner et tout te rapporter mot par mot mais il a d'abord fallu que je réalise moi-même ce qu'il m'était arrivé et puis je pensais que tu aurais des difficultés à me croire et une fois que j'ai réalisé, je voulais savoir ce que ça donnerait. Pendant les premiers essayages j'avais senti que le courant était passé et je n'ai pas pu empêcher mon esprit de partir dans ses délires alors quand il a voulu qu'on échange nos numéros, j'étais à la fois sceptique du genre ''je vais passer une fois à la casserole et il ne m'appellera plus jamais'' mais je planais totalement.
- Tu m'étonnes ! Avoir un rencard avec son fantasme ! continua Sara toujours aussi excitée.
- Je sais.
- Et alors ? Il t'a appelée ?
- Oui. Deux semaines après environ. Comme il voulait voir les bijoux, le plus simple était qu'il vienne chez moi.
- Il est venu ici ? demanda Sara les yeux ronds.
- Oui.
- Tu veux dire que je suis dans une pièce où Matsujun était !
- Oui... Enfin dois-je te rappeler que tu l'as rencontré samedi ?
- Ah oui c'est vrai ! Mais là ça remet tout en cause ! Tout ce qui était acquis sur ton fangirlisme et ton amour pour Matsujun prend une autre tournure !
Jun resta silencieuse, gênée. Sara, s'en rendant compte, l'invita à poursuivre.
- La soirée a été plus qu'agréable.
- Qu'est-ce qui a cloché alors ? la coupa Sara.
- C'est pas pour tout de suite... En fait, après cette première soirée, quelques autres ont suivies. Il venait chez moi ou j'allais chez lui et au bout de deux mois ce qui devait arriver arriva.
- Tu veux dire que toi et lui...
- Oui.
- Comment ça s'est passé ?
- Et bien...
FLASHBACK
Jun venait de raccrocher, le sourire figé. Matsujun venait de lui proposer de se voir le soir-même, la deuxième fois de la semaine. Depuis presque deux mois ils se voyaient minimum deux fois par semaine mais depuis deux semaines, leurs rendez-vous étaient de plus en plus fréquents et duraient de plus en plus longtemps. De son idole, Matsujun était devenu un ami avec qui Jun pouvait parler de tout, ouvertement et qui ne poussait pas de grands soupirs d'exaspération dès qu'elle se mettait à parler de bijoux, au contraire, il se montrait toujours très intéressé par ce qu'elle racontait. Elle n'avait parlé de lui – en tant qu'ami – à personne, elle ne voulait pas risquer qu'une ''amie'' mal intentionnée répande des rumeurs qui pourraient nuire à Matsujun, à elle-même, à leurs travails respectifs ainsi qu'à leur relation... Relation... Elle essayait d'y penser le moins possible mais malgré tout ce sujet revenait régulièrement sur son tapis : qu'était-il vraiment pour elle et elle que représentait-il pour lui ? Aucun doute sur ses sentiments : elle était amoureuse. Elle s'en était rendue compte un jour que Sara, lasse de voir son ami célibataire, s'était décidée à l'emmener traîner à Shibuya et Shinjuku pour repérer des garçons qui pouvaient lui plaire. Comme à son habitude Jun grogna en entendant les plans de son amie mais l'accompagna. Elles s'étaient baladées dans les rues, les magasins puis s'étaient installées dans un café pour regarder les passants. Toute la journée Jun trouvait quelque chose qui clochait aux garçons repérés par Sara.
- Non, il est trop petit, répondit-elle lorsque son amie désigna par un léger signe de tête un jeune homme de l'autre côté de la rue.
- Celui là alors ? demanda Sara pleine d'espoir en indiquant un homme qui devait atteindre le mètre 80.
- J'ai pas dit que je voulais une asperge non plus, dit Sara sur un ton tranchant.
- Ok... Lui ?
- Il est habillé comme mon arrière grand-père ! s'exclama Jun.
- Tu exagères un peu non ?
- Juste un peu alors.
- Qu'est-ce que tu penses de lui ? En tout cas, je ne dirais pas non.
Jun se tourna légèrement et le plus discrètement possible pour regarder le jeune homme qui faisait pétiller les yeux de Sara mais fut déçue.
- Trop musclé.
Sara soupira... Jun y mettait de la mauvaise volonté et à chaque fois trouvait un nouveau prétexte pour rejeter les garçons qu'elle lui montrait : « J'aime pas son sourire », « Pfffff, son espèce d'imitation de moue boudeuse sensée te faire craquer est totalement loupée », « Il essaye de faire rire avec son regard de tueur de fourmis ? », « Les lunettes de soleil mouches ça ne lui va pas du tout ! », « C'est quoi cette démarche ? », « Ce mouvement de langue n'était absolument pas sexy »...
Jun était autant lassée que Sara de cette séance ''trouvons-moi un mec'' à laquelle elle ne participait que pour ne pas vexer son amie.
Sara, s'apprêtant à laisser tomber et proposer à Jun de rentrer, se ravisa en voyant un jeune homme d'environ 20 ans correspondant à beaucoup de critères de son amie. Son visage se fendit d'un large sourire et sûre de sa victoire, elle montra le jeune homme qui se dirigeait à présent vers elles à Jun.
- Alors ? demanda-t-elle tout bas tandis qu'il s'asseyait à une table voisine.
- Oui... Pas mal... Mais il serait mieux avec une permanente.
Sara dévisagea son amie, prête à lui sauter dessus et à la massacrer pour délit de mauvaise volonté aggravée, mais Jun ne lui prêtait aucune attention, elle continuait de fixer l'inconnu de la table d'à côté. Au bout de quelques secondes il se retourna vers Jun, la jaugea, lui sourit et enfin lui proposa de se joindre à lui.
- Oh ! Jun ! Tu m'entends ? demanda Sara en lui lui passant une main devant les yeux pour la faire réagir. Le monsieur te propose de boire un verre avec lui ! ajouta-t-elle comme si elle parlait à une demeurée. Désolée, je sais pas ce qu'elle a, dit-elle cette fois au jeune homme.
Soudain Jun se retourna vers Sara, lui sourit et se leva.
- On rentre ? Je commence à avoir faim.
Jun venait de réaliser que toute la journée elle avait inconsciemment comparé chaque garçon qu'elle avait croisé à Jun et bien qu'il ait été son fantasme depuis des années, jamais elle ne l'avait fait auparavant. Et même si sur la seconde elle avait pensé que c'était parce qu'elle le connaissait, elle avait rapidement compris qu'il ne s'agissait pas seulement de physique, de jeu d'acteur, de voix de canard et d'émissions télés mais du temps qu'ils passaient ensemble et pendant lequel elle se sentait infiniment bien.
Sara fixa un instant son amie, ne comprenant pas ce qui venait de se passer, s'excusa auprès de l'inconnu puis la rejoignit à la sortie du café. Elle semblait avoir retrouver son entrain et malgré les questions que Sara lui posa pendant toute la soirée, elle restait évasive et mystérieuse.
Alors, oui elle l'aimait, mais lui... C'était toujours la partie délicate de l'affaire. Après tout, rien ne prouvait qu'il recherchait plus que son amitié... mais quand même, il avait un emploi du temps particulièrement chargé mais il trouvait suffisamment de temps à lui accorder... De nombreux doutes l'assaillaient mais elle préférait se dire qu'elle avait une petite chance.
Elle venait juste de s'asseoir à son bureau, toujours perdue dans ses pensées, quand sa voisine, Deborah, lui demanda pourquoi elle affichait un sourire aussi béat. Jun se plongea aussitôt sur un croquis de bracelet incrusté de saphirs et bégaya qu'elle n'avait rien et de souriait pas. Sa collègue, une allemande d'un an son aîné, éclata de rire mais Jun ne releva pas. Kozue-sensei qui observait la scène de loin sourit discrètement.
Elle essayait de dessiner le bracelet mais ne parvenait pas à se concentrer et laissait vagabonder son esprit vers Matsujun. Elle hésitait à lui offrir la bague en forme de tête de mort qu'elle avait totalement créée... c'était peut-être trop révélateur de ses sentiments et si il ne les partageait pas qu'adviendrait-il de leurs rendez-vous ? Voudra-t-il rester ami avec elle ou choisira-t-il de l'éjecter de sa vie pour éviter des complications ? Pour prendre sa décision, elle décida de gommer les pétales à des marguerites qu'elle dessinait avec comme choix ''lui donnera, lui donnera pas'' à la place du ''il m'aime, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout'' habituel. A la onzième marguerite, elle avait obtenu une majorité de réponse qui la satisfaisait. Son choix était fait.
FIN DU FLASHBACK